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jeudi, 17 décembre 2015 00:00

Ghetto chic et silhouettes vaporeuses BFWP

La quatrième édition des défilés africains s’est tenue au Carreau du Temple les 12 et 13 décembre. Les vivats du public semblent aller à la créatrice guadeloupéenne Eliette Lesuperbe.

Faut-il se battre pour se faire une place ou créer son événement à soi ? Et pourquoi faire une Black Fashion Week à Paris en dehors de la Semaine de la mode ? La taille fine cerclée d’un tutu de mousseline noire, Adama Amanda Ndiaye a le sourire serein de ceux qui ne se posent plus la question. Fondatrice de la Dakar Fashion Week en 2002, l’ex-banquière sénégalaise devenue styliste a lancé ces dernières années des Black Fashion Week à Prague, Paris, Montréal et Bahia et s’apprête à faire de même à New York, Londres et Milan. « Si on existe, c’est parce qu’ils ne veulent pas nous faire défiler, explique-t-elle. En France, il y a un tel establishment dans le milieu de la mode que je ne pouvais pas trouver ma place. Alors, j’ai créé un défilé pour une mode qui me ressemble. »

Une des robes bleues du créateur camerounais Parfait Ikouba, privé de Black Fashion Week Paris, faute de visa. CRÉDITS : HÉLÈNE DRES

Balayant du regard les vestiaires du Carreau du Temple où, à quelques heures du défilé, des stylistes parisiens, guadeloupéens, brésiliens et congolais s’activent, on peine à plaquer une identité sur les tenues qui naviguent entre les portants et les modèles. Que met Adama A. Ndiaye derrière ce « nous » ? « Dans Black Fashion Week, le mot black n’exclut pas, il rassemble, réplique-t-elle. Ça ne désigne pas une couleur, mais une culture. Une jeune styliste française comme Elise Müller, qui s’inspire des cultures africaines et indiennes, ne pourrait pas défiler dans le cadre de la Semaine de la mode. Ici, on est ensemble ! »

« Black désigne une culture, pas une couleur »

Pour cette quatrième édition, qui s’est déroulée au Carreau du Temple samedi 12 et dimanche 13 décembre, trois membres de la famille manquent pourtant à l’appel. L’Ivoirien Zak Kone pour des raisons de santé, le styliste camerounais Parfait Ikouba à cause de tracasseries administratives – dont la collection bleue a fait le voyage grâce à un ami – et la prometteuse Nigériane Ejiros Amos Tafiri, parce que la France lui a refusé son visa. « Comme si elle voudrait rester en France, rigole un collègue journaliste. Les Nigérians sont accueillis à bras ouverts au Royaume-Uni et aux Etats-Unis et nous, on leur ferme la porte ! Quelle prétention, quelle honte... »

De gauche à droite, les créations de Saka Lek, Eliette Lesuperbe et Elise Müller. CRÉDITS : HÉLÈNE DRES

Au sous-sol, les mannequins longilignes noires, métisses ou blanches patientent dans un îlot de fauteuils moelleux, entourées de coiffeuses et de maquilleuses. De lourdes cornes tissées sur la tête, l’une pianote sur son smartphone, l’autre, flottant dans une minijupe en wax, enfourne un menu de chez McDonald’s entre ses lèvres laquées de rouge. Guitare à la main, une troisième se lève et entonne une folk song d’une voix savamment brisée. A cinq minutes de l’heure annoncée du défilé, quelques garçons les rejoignent. Coiffures graphiques très 90’s, slim noir, veste cintrée, ils ont défilé la veille. Originaires pour la plupart de région parisienne, ces jeunes gens ont répondu à un casting diffusé sur Facebook. Etudiants en management ou en marketing, ils parlent du mannequinat comme d’un passe-temps ou d’un gagne-pain et se voient déjà travailler dans l’industrie de la mode. Pour l’heure, leur dilemme, c’est comment ôter ces cornes au plus vite pour filer à l’after.

Cuir rouge, chaîne et fourrure de lapin

A l’étage, photographes et cameramen jouent des coudes pour se tailler une place. Certains agitant la carte des 45 ans de métier pour griller la priorité aux plus jeunes. Le public est enfin invité à entrer et le off de la Black Fashion Week peut commencer : entre les rangées de chaises, c’est un défilé des VIP sapeurs ou rockeurs, blogueuses mode et universitaires médiatiques – François Durpaire prend la pose au pied du podium – et stylistes, dont le brillantissime Anggy Haif. Dans les coulisses, Saka Lek prodigue les ultimes conseils aux mannequins pour présenter sa collection Ghetto Chic, résolument « bad girls » : maquerelles en cuir rouge et fourrure de lapin, saltimbanques en tissu à carreaux et résille. « Soyez vibrantes, bougez sur le podium, crie-t-elle au-dessus de la musique. Pensez à cette fille qui a bossé dur pour sortir du ghetto ! » Née au Congo Brazzaville, Saka Lek vit et travaille au Texas. « Aux Etats-Unis, il y a une grande liberté de création, affirme-t-elle. C’est grâce au melting-pot qui est une réalité. Personne ne va regarder ma collection en se disant : “Mais, je ne peux pas porter ça, moi !” »

Les créations de Carol Barreto explorent la richesse de l’identité brésilienne. CRÉDITS : HÉLÈNE DRES

Retour au sous-sol où Carol Barreto repasse ses tenues en musique. Installée à Salvador de Bahia, la styliste brésilienne présente une collection militante. « Mes créations questionnent l’identité brésilienne qui mélange celle de l’ancien colon et de l’ancien esclave, explique-t-elle. En tant qu’afro-brésilienne, on ne peut pas savoir exactement de quel pays d’Afrique on vient. Alors, on cherche tout le temps des influences et on se crée une nouvelle identité. » Une heure plus tard, le défilé commence. Entre chaque créateur, le maître des cérémonies égrène le nom des sponsors. A l’applaudimètre, le prix du public semble aller aux robes très féminines d’Eliette Lesuperbe. Le premier rang averti, smartphone brandi, capture les silhouettes élégantes et vaporeuses. Avant de retourner l’appareil vers son propre minois. Tout va bien, nous sommes bien dans une semaine de la mode.

Gladys Marivat
contributrice, Le Monde Afrique

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